Catalogue


Mélancolie

revue de presse   


La Liberté, 20-21 juin 2015

Face à Caspar David Friedrich

 

Sortie aux éditions Le Bruit du temps d’une pépite de l’écrivain hongrois Péter Nádas, connu pour ses pavés romanesques, Le Livre des mémoires ou Histoires parallèles, somme narrative et miroir des gouffres où l’histoire du XXe siècle a plongé l’Europe et la Hongrie en particulier. Le petit opus en question est le récit d’une confrontation de l’écrivain avec un tableau du peintre romantique allemand Caspar David Friedrich, grand amateur et observateur d’abîmes et de vides. Le tableau considéré ici par Nádas est une marine conservée au Musée de Berlin. On y voit un voilier échoué sur le flanc près d’une grève encombrée de roches. Deux, voire trois personnages sont assis près de l’épave où ils ont allumé un feu. La scène nocturne est éclairée en outre par le halo d’une pleine lune émergeant d’un amas de nuages. Le ciel tourmenté occupe plus de la moitié de la toile, la mer étalant sa vastitude infinie en dessous. À partir de là, Nádas s’interroge sur ce vide immense qui lui paraît au cœur même du mot hongrois désignant la mélancolie (mélabú, selon lui, l’un des plus beaux mots de sa langue). Le lecteur jubile aussi sans réserve au plaisir du regardeur Nádas qui nous ravit encore, un peu plus loin, avec des aperçus sur l’atelier de l’artiste et l’un de ses autoportraits.

                                                                                                      Alain Favarger

 

                             

Le Monde des livres, le 30 avril 2015

Chercheurs d’abri

 

C’est une marine nocturne du peintre romantique Caspar David Friedrich (peinte vers 1830, et conservée dans un musée de Berlin). Terre et mer s’y reflètent sous une masse de nuages. Trois personnages naufragés, près d’un esquif échoué, au mât renversé, tentent d’allumer un feu. « Nous sommes des chercheurs d’abri », affirme l’écrivain hongrois Péter Nádas, né en 1942 et auteur d’un grand roman, Histoires parallèles (Plon, 2012). Pure merveille que cette méditation littéraire écrite en 1988 et tout juste traduite. La description minutieuse du tableau donne lieu à des « méditations à tâtons » sur les formes contradictoires du « spleen ». Une tension déjà présente, selon Nádas, dans les syllabes de « mélabú » — nom hongrois de la mélancolie. Des approches inconciliables, entre savoir et sentiment, entre création et destruction, entre attirance et peur devant la nuit. L’analyse d’un autoportrait, ainsi que celle d’un tableau de Kersting représentant Friedrich dans son atelier, prolongent cette éblouissante réflexion.

                                                                                                      Monique Pétillon


                             

Livres Hebdo, le 13 mars 2015

Vagues à l’âme

 

Un bel et bref essai de Péter Nádas sur la mélancolie. Un bon livre est un passage secret. Mélancolie fait partie de ces textes précieux et précis qui préfèrent l’intensité à l’exhaustivité. Péter Nádas (né en 1942) est poète et hongrois, ce qui est un pléonasme. Il observe la mélancolie en regardant un tableau de Caspar David Friedrich qui représente un horizon tourmenté au clair de lune, comme si le spectateur cherchait à s’apercevoir au loin. C’est ça la mélancolie, une façon de porter le deuil de quelque chose qui n’est pas encore mort.

Péter Nádas s’est fait connaître avec Le Livre des mémoires (Plon, 1998, épuisé), puis avec Histoires parallèles, un roman-fleuve de plus de mille pages sur fond de chute du mur de Berlin (Plon, 2012). Il figure parmi les lauréats du prix de Littérature européenne aux côtés de Doris Lessing, Milan Kundera ou Marguerite Duras. Autant dire que c’est un auteur de belle envergure qui s’exprime dans ce bref essai partant de la contemplation d’un tableau pour revenir aux sources de la création. « Nous sommes des chercheurs d’abris », annonce-t-il. C’est donc dans le mouvement que se manifeste pour lui la mélancolie, et non dans un état. « La mélancolie est souvenir », dit aussi Nádas. Oui, mais souvenir d’un passé fantasmé qui n’a jamais existé. Le mélancolique se « raccroche au présumable ». Il est sur le fil du rasoir et il recherche la coupure qui ne vient pas.

Le spleen de Nádas est une fuite rêveuse et savante dans la mythologie, dans les mots, dans la poésie. Il cherche à circonscrire ce qui échappe par définition. Car le mélancolique qui aurait satisfait sa mélancolie ne le serait plus. Il serait seulement triste.

 

                                                                                                      L.L.


                             

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Traduction du hongrois par Marc Martin

 

Avec des reproductions en couleur des œuvres de Caspar David Friedrich et Georg Friedrich Kersting

Format : 117 x 170
80 pages • 15 euros

 

ISBN : 978-2-35873-067-9

Mise en vente : 19 mars 2015