A paraître

Voyage en Arménie
Domaine : Russe

Voyage en Arménie

Ossip Mandelstam

Parution avril 2021

Postface de Serena Vitale

En librairie le 16 avril 2021

Mandelstam qui avait été dans le Caucase au début des années 20, a rêvé de l’Arménie pendant des années avant de pouvoir enfin s’y rendre, grâce à l’appui de son ami Boukharine, en 1930. Les quelques mois de ce séjour (de mars à octobre) seront pour lui comme « une dernière journée de sursis » (Ralph Dutli) dans son existence de proscrit. Le journal de ce voyage, qui sera sa dernière œuvre publiée de son vivant, survient, dans son œuvre, comme une bouffée de l’air des hautes terres et des premiers temps de l’histoire humaine (« J’ai eu la chance d’assister au culte que les nuages rendent à l’Ararat ») emplissant les poumons du poète. Loin de l’oppression soviétique évoquée à la toute fin du volume avec l’hisoire du tsar arménien Archak qu’a emprisonné par l’Assyrien Shâpur, qui le prive « de son ouïe, de son goût et de son odorat ». Or ce sont précisément les notations sensorielles, la finesse de la perception, qui font le prix de ces pages où le narrateur-voyageur ne cesse de nous faire partager son émerveillement, tout en soulignant l’unité du monde où se lit partout la grande écriture chiffrée des signes. Paradoxalement cette unité est saisie de manière discontinue, par une succession d’éclats. Ces ruptures donnent à ce petit livre toute sa fraîcheur et sa fantaisie, qui sont ceux de la vie-même dont son œil s’empare « avec une rage de grand seigneur ». Lui-même le souligne dans une réponse à ses détracteurs : « Mon petit livre explique que le regard est l’instrument de la pensée, que la lumière est une force et l’ornement une réflexion. Il y est question d’amitié, de science, de passion intellectuelle et non de “choses”. » Et, dans son livre : « les dents de la vue s’effritent et se brisent, lorsqu’on regarde pour la première fois les églises d’Arménie. »

Récitatif en ruine

Récitatif en ruine

Parution mai 2021

En librairie le 14 mai 2021

Le titre l'annonce d'emblée, comme celle de Paul Celan, la poésie de Jean-Claude Schneider part du constat d'une harmonie à jamais perdue, et ne peut donc être que la recherche, infiniment reprise, de « quelques résidus chantables ». Poète lui-même, Jean-Baptiste de Seynes décrit parfaitement, dans sa préface, le caractère élégiaque de ce très beau recueil. Et comment à partir d'un non-savoir absolu,  dans un monde dont on ne sait s'il est en fin de partie ou resté à ses balbutiments primitifs, et d'une langue sans origine et sans destination,  le poème ne naît que par l'entêtement du poète, face à la perte de soi qui menace même ce qui lui est le plus proche, à « chercher des mots pour ce qu'il ne sait pas », à dire pour ne pas finir. Et néanmoins, tout se passe comme si la part faite à la destruction, au silence, au désastre, était la condition pour que puisse jaillir, sur cet âpre fond, l'énigme transparente du poème libellule, la touche de bleu d'un tableau de Poussin, quelques mots devenus musique et « qui parlent de la vie ».

 

Entretien sur Celan

Entretien sur Celan

Jean-Claude Schneider

Parution mai 2021

En librairie le 14 mai 2021

Jean-Claude Schneider (né en 1936) a longtemps eu une dette envers Paul Celan. Jeune traducteur de l’allemand, il a rencontré le poète à Paris au début des années soixante à l’occasion d’un projet de traduction des poèmes de Celan en français aux éditions Gallimard qui, à la suite d’un malentendu, ne verra jamais le jour. C’est Celan qui, le premier, l’encouragea, lors de cette rencontre, à lire Mandelstam en lui offrant le petit livre de traduction du poète russe en allemand qu’il avait lui-même fait paraître en 1959. L’aboutissement du choc reçu alors, ce seront les deux volumes des Œuvres complètes publiées il y a deux ans.

Les pages de cet entretien sur Celan, publié une première fois aux éditions Apogée en 2002, sont nées, quarante ans après, de cette rencontre et ce projet qui n’aboutit pas au livre escompté, mais qui marque, néanmoins pour Jean-Claude Schneider — qui a lui-même publié ses premiers poèmes au Mercure de France en 1958 — le début « d’une conversation infinissable avec les seuls poèmes, enfin renouée et sans cesse recreusée ». Le livre est donc à la fois le recueil, longtemps différé à cause du malentendu initial, des traductions de poèmes de Celan par Schneider et un commentaire de ces poèmes, une lecture que l’on peut dire « fraternelle », si l’on connaît l’œuvre poétique de Schneider et en particulier de son dernier recueil Récitatif en ruine que nous publions parallèlement.Les livres sur la poésie de Celan se sont multipliés depuis qu’il a acquis le statut — paradoxal quand on sait son histoire familiale — de plus grand poète de langue allemande de la seconde moitié du XXe siècle. Mais celui-ci nous semble particulièrement précieux par son approche. À l’opposé de la démarche d’un Jean Bollack, qui pensait qu’il était possible, à force de savoir herméneutique, d’accéder à un sens qui serait le seul recevable, Schneider se place dans la position de l’« interlocuteur », de l’un de ces lecteurs du futur dont parlait Mandelstam. D’où le titre choisi pour ce livre qui fait allusion à l’Entretien sur Dante de Mandelstam aussi bien qu'à l’Entretien dans la montagne de Celan lui-même. Tout en préservant  « la part d’ombre que le poème a pour tâche de sauver et dont il doit, pour buissonner, se vêtir », Jean-Claude Schneider nous apprend, dans ces pages, à nager vers les poèmes de Paul Celan, qui sont comme autant « de petites îles pour lesquelles manquent ponts et bacs ».

Récits d'Odessa
Domaine : Russe

Récits d'Odessa

Isaac Babel

Parution mai 2021

En librairie le 14 mai 2021

Les deux grandes figures de ce livre sont la ville d'Odessa avant et pendant la révolution, et le gangster juif Bénia Krik, un personnage haut en couleur devenu l'emblème de la ville et qui fait désormais si bien partie de son folklore que certaines répliques des récits de Babel sont devenues proverbiales.

Ce recueil comprend non seulement les fameux Récits d'Odessa qui ont contribué, avec Cavalerie rouge, à rendre Babel célèbre dès les années 20, mais on y trouvera également six autres récits de la même veine, quatre essais consacrés à Odessa, ainsi que la pièce de théâtre Le Crépuscule et le scénario Bénia Krik, qui mettent en scène les personnages des récits. 

Tout, dans ces pages, danse, chante et rutile, que ce soit le cadre : « Les tables couvertes de velours se tortillaient à travers la cour comme des serpents dont on aurait rapiécé le ventre avec des morceaux de tissu de toutes les couleurs, et ils chantaient d'une voix profonde, ces morceaux de velours orange et rouge » ou les gangsters juifs eux-mêmes : « Aristocrates de la Moldavanka, ils étaient sanglés dans des gilets rouge framboise, leurs épaules étaient moulées dans des vestons rouille, et sur leurs jambes charnues craquait un cuir couleur d'azur. »

Les couleurs crues et chantantes, le soleil et la mer, la truculence des dialogues et la saveur des descriptions… Dans ces pages explose le feu d'artifice d'un monde voué à disparaître, et qui mourra, comme Bénia Krik dans le scénario qui devait être tourné par Eisenstein, abattu par les révolutionnaires, pour laisser place à un monde nouveau où vont dominer le rouge et le noir.

Sophie Benech a traduit ces pages avec tout l'amour qu'elle leur porte. Sa traduction, tirée du volume des Œuvres complètes publié au Bruit du temps il y a dix ans et déjà devenu une référence, rend enfin justice au style du grand admirateur de Maupassant que Babel est demeuré toute sa vie.

Le pré de la chèvre

Le Pré de la chèvre

Theodore Powys

Parution juin 2021

En librairie le 11 juin 2021

 Le Pré de la chèvre, longue nouvelle publiée isolément en 1937 dans une édition illustrée de gravures sur bois due au graveur anglais Gwenda Morgan (1908-1990), offre un accès des plus plaisant à l'œuvre singulière entre toute de Theodore Francis Powys. Mr. Nutty, est un marchand d'articles de sport et notamment de ballons de football dont les rondeurs ont presque autant d'attraits pour lui que le dos de celle qui va devenir sa première femme. Hélas, celle-ci mourra accidentellement, frappée par le ballon que son mari avait cru bon d'offrir en guise de dot à son père ! Ce malheur va inciter Mr. Nutty à s'interroger sérieusement sur « ce que signifie donner et recevoir ». Il en vient à penser qu'il n'y a qu'un seul don (dont la nature sera révélée à la fin de l'histoire) qu'hommes et femmes pourraient recevoir sans craindre aucun danger. S'étant retiré dans le hameau du Prè de la chèvre, il y observe, comme le faisait Powys lui-même, la vie des habitants de ce nouvel avatar d'East Chaldon. Ainsi les vicaires, et tout ce que le pays compte de soutanes, sont-ils sans cesse mis en danger par les charmes de la très jeune Jenny Honeybun, qui ne répugne pas à se laisser prostituer par un maquereau affairiste. Mais la belle Jenny finira par se souhaiter « des fleurs d'oranges à son chapeau, un anneau nuptial, un chat et un canapé ». Pour cela il lui faudra croiser le chemin de  Mr Nutty, qui a compris  que l'amour est naturel à l'homme, ni donné ni reçu, mais lui appartenant comme droits de naissance » et que, « quand l'amour est pure joie, il n'y a pas de péché ».

Et ce sont toujours, comme l'écrit Patrick Reumaux dans son avant-propos, les mêmes questions qui hantent cet écrivain fils de pasteur et lecteur de Nietsche :  pourquoi serait-il nécessaire de faire souffrir une créature pour éprouver du plaisir ? Pourquoi « même le souffle de la vie, un don dont on peut penser qu’il faut être reconnaissant, est-il souvent source de chagrin pour celui qui le reçoit » ? 

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