A paraître

Haute mer

Haute mer

Cécile Wajsbrot

Parution mai 2022

En librairie le 13 mai 2022

Préface de Geneviève Brisac

 

Haute Mer réunit en effet les cinq romans que Cécile Wajsbrot avait dès l’origine conçus comme un cycle, publié chez divers éditeurs de 2007 à 2019. Après Mémorial, paru en poche en 2019, Le Bruit du temps poursuit ainsi son travail de réédition des livres de la romancière devenus indisponible en librairie. Le thème commun est celui de la création artistique et de sa réception. Ce ne sont pas des essais sur l’art, mais bel et bien cinq romans dont la forme et les personnages ne sont jamais les mêmes. Mais où « quelques paysages communs, visibles ou sous-marins se dessinent et reviennent sous des aspects différents », contribuant à l’unité du cycle : « Les voix, bien sûr, mais aussi les intempéries climatiques et catastrophes naturelles — tsunami, dust bowl, éruptions volcaniques —, la dictature, la foule, les gens sans domicile et ceux qui sont obligés de quitter leur pays. Certains lieux aussi, Berlin, Tchernobyl, Paris. Le téléphone portable joue parfois un rôle. Et puis la solitude, les liens qui nous unissent. Et bien sûr la question de l’art — ce que serait un monde sans art, sans la complexité et la diversité de toute création mais aussi la façon dont une œuvre est perçue. 

Chacun de ces romans est comme l’île d’un archipel en haute mer... » 

 

« Pentalogie, la Haute Mer que vous tenez entre vos mains est composée de cinq livres.
Le premier interroge la musique, à travers des Conversations avec le maître. C’est un livre d’une incroyable douceur. 

Le deuxième, L’Île aux musées, questionne la statuaire, les hommes de bronze, la foule, un arbre de langage, monument aux arbres morts des tempêtes passées et à venir.
Le troisième, Sentinelles, est l’enregistrement des conversations comiques, sombres, inquiètes, qui ont lieu durant un vernissage à Beaubourg. La vidéo est l’art de l’instant. Le vidéaste est célèbre et talentueux, les invités sont mondains et cultivés, ou l’inverse, et tout tombe en panne à 21h12. 

Le quatrième, Totale éclipse, est composé de quinze chansons, de Woody Guthrie à Léonard Cohen, en passant par Johnny Cash et Marianne Faithful. Des chansons qui déchirent le cœur. Killing me softly. Les chansons, on le sait, sont des bulles de temps. Total eclipse of the heart. C’est un livre où l’on croise souvent Ulysse. Et c’est un roman d’amour. Le cinquième, j’ai l’impression de dire une charade, s’intitule Destruction. Je n’en dirai pas plus. Sinon que de l’échec naît la renaissance. » 

Geneviève Brisac, préface à Haute mer, 2022 

 

L’AUTEUR

Cécile Wajsbrot est née à Paris en 1954. Romancière et essayiste, elle est également traductrice de l’anglais (Virginia Woolf ) et de l’allemand (Peter Kurzeck, Marcel Beyer). Depuis son premier roman, publié en 1982, elle poursuit une œuvre marquée par la recherche de formes nouvelles. Elle vit actuellement entre Paris et Berlin, où elle a reçu en 2016 le prestigieux prix de l’Académie. Destruction, le livre par lequel elle a achevé le cycle de cinq romans intitulé Haute Mer, est paru en 2019 au Bruit du temps. Tout comme, en 2021, son dernier roman, Nevermore, où le deuil d’une amie proche, qui fut écrivaine, plane sur le travail de traduction d’un roman de Virginia Woolf que la narratrice a entrepris. 

Le Pouvoir des clés
Domaine : Russe

Le Pouvoir des clés

Léon Chestov

Parution mai 2022

En librairie le 13 mai 2022

Traduction du russe par Boris de Schloezer.
Présentation et édition de Ramona Fotiade.
Reprise dans une nouvelle présentation en livre de poche de grand format de l’édition annotée, suivie d’un index publiée au Bruit du temps en 2010.

Tome VII des œuvres telles que Chestov les avait lui-même ordonnées, Le Pouvoir des clés, publié juste après les horreurs de la première guerre mondiale, marque un tournant dans son œuvre, désormais plus ouvertement orientée vers le questionnement de la foi. 

Le « pouvoir des clés », pour Chestov, c’est ce droit que s’arroge chaque homme, qu’il soit catholique ou athée, d’ouvrir pour lui-même et pour ses proches les clés du royaume des cieux, de croire que, s’il fait le bien, il obtiendra le paradis. Or, pour Chestov, l’homme doit renoncer à l’idée que ce pouvoir est entre ses mains, la vérité ne commence qu’au moment où la raison perd pied. On la trouve chez ces hommes (de Plotin à Nietzsche, de Shakespeare à Dostoïevski) qui, à un moment de leur vie, ont perdu toutes les clés et ont connu une expérience qui est de l’ordre de la révélation. Comme tous les livres de Chestov, et comme les grands livres de Nietzsche, Le Pouvoir des clés est construit sans esprit de système, en courts chapitres qui sont autant de petits essais, brillamment écrits, sans jargon philosophique. 

 

Il contient en outre le premier article de Chestov sur Husserl, écrit dès 1916. Husserl, avec son projet d’établir définitivement « la philosophie comme science rigoureuse », est pour Chestov l’adversaire absolu — mais les deux philosophes s’estiment et se rencontrent à plusieurs reprises. « Memento mori » contribua, lors de la parution de sa traduction en 1925, à l’introduction de la phénoménologie en France. 

« Si les horreurs de ces dernières années firent tomber notre présomptueuse assurance, les malheurs et les souffrances qui se sont effondrés sur nos têtes auront été de quelque utilité. Mais il est peu probable que cela se passe ainsi. Il faut croire que les hommes, ces perpétuels Sisyphes, se remettront de nouveau, dans cinq ans, dans dix, dans vingt ans, à rouler patiemment l’immense rocher de l’histoire, et s’efforceront, tout comme naguère, de le hisser dans les tourments au sommet de la montagne jusqu’à la prochaine catastrophe, jusqu’à ce que se répètent encore tous les malheurs dont nous fûmes les témoins. 

La philosophie de l’histoire ne ressemble pas du tout à la description que nous en faisait Hegel avec une assurance si enviable et une si lourde insouciance. L’humanité vit non pas dans la lumière, mais au sein des ténèbres, plongée dans une nuit continuelle. Non ! dans mille et une nuits ! Et l’histoire “n’amènera jamais l’homme” à la lumière. » 

Léon Chestov, « Mille et une nuits », préface au Pouvoir des clés, janvier 1919.

 

L’AUTEUR 

Né à Kiev dans une famille juive, Léon Chestov (1866-1938) commence dès 1895 à fréquenter les cercles littéraires et philosophiques russes. Après la parution de son second livre, L’Idée du bien chez Tolstoï et Nietzsche, Diaghilev lui propose de collaborer à sa revue Le Monde de l’art. Après avoir vécu en Suisse, en Italie, en Allemagne, il émigre définitivement de Russie en 1920 pour se fixer à Paris jusqu’à la fin de sa vie. Il écrit beaucoup : les éditions de la Pléiade de Schiffrin se lancent dans un premier projet d’« œuvres complètes » en 1926, et la NRF publie des Pages choisies en 1931. 

C’est après-guerre qu’il exerce en France la plus grande influence — son Kierkegaard et la philosophie existentielle paraît un an après sa mort, en 1939. Camus proclame sa dette envers Chestov dès 1942. Georges Bataille co-traduit chez Vrin son deuxième livre. Yves Bonnefoy écrit en 1967 son essai « L’Obstination de Chestov » pour le nouveau projet d’« œuvres complètes » des éditions Flammarion : 4 volumes publiés, traduits par le musicologue, critique et traducteur Boris de Schloezer, ami de l’auteur. 

Howards End. Le Legs de Mrs. Wilcox

Howards End. Le Legs de Mrs. Wilcox

E.M. Forster

Parution juin 2022

En librairie le 3 juin 2022.

Traduit de l’anglais par Charles Mauron
Édition présentée et annotée par Catherine Lanone

LE ROMAN 

Publié en 1910, sous le titre anglais d’Howards EndLe legs de Mrs. Wilcox est le quatrième roman de Forster. Situé dans l’Angleterre du tout début du xxe siècle, qui est encore celle de l’Empire britannique et déjà celle des débuts de l’automobile, le roman, à travers l’histoire des deux sœurs Margaret et Hélène Schlegel, fait se rencontrer, non sans heurts, trois familles qui représentent trois catégories sociales de l’Angleterre. Les sœurs Schlegel, filles d’un émigré allemand, représentent une grande bourgeoisie « cosmopolite », cultivée et « libérale » au sens anglais du terme, c’est-à-dire « de gauche », préoccupée par la question sociale et les droits des femmes ; les membres de la famille Wilcox, rencontrée au cours d’un voyage en Allemagne, sont, quant à eux, des industriels, parfaits représentants de l’Empire et du « libéralisme » britannique ; tandis que Leonard Bast, mal marié à la peu recommandable et pitoyable Jackie, est un petit employé londonien qui aspire à la culture sans en avoir les moyens. Avec plus de maestria encore que dans les romans précédents, Forster parvient merveilleusement à allier la comédie (et même la satire) sociale à son désir de poser dans le roman, à travers ses personnages, la question de la réalité, qui ne s’atteint que dans l’accomplissement intégral de soi. Virginia Woolf écrit à ce propos : « À nouveau, mais sur un terrain de bataille plus vaste, se poursuit le combat que l’on trouve dans tous les romans de Forster — le combat entre les choses qui importent et celles qui n’ont pas d’importance, entre la réalité et les faux-semblants, entre la vérité et le mensonge. » Il faudra non seulement toute la patience de Margaret Schlegel, mais aussi la violence des événements, pour que son désir de « mettre du lien » entre les choses et les êtres (« relier suffit » est la devise du roman), qu’elle met en pratique en épousant Mr. Wilcox, finisse — comme dans Le plus long des voyages — par aboutir à une harmonie retrouvée, loin de la trop moderne Londres : les trois familles se réuniront enfin en la personne de Tom, le fils adultère d’Hélène et de Léonard, à Howards End, dans la maison de campagne que la vieille Mrs. Wilcox avait souhaité léguer aux Schlegel. 

Le livre fut un immense succès public dès sa parution. Mais, comme l’a très bien noté David Lodge dans sa préface à l’édition Penguin du roman, en 2000, s’il dépeint avec une parfaite exactitude l’Angleterre d’avant la Première Guerre mondiale, sa manière de mener le débat entre les valeurs de « l’intelligentsia de gauche » que l’on pourrait qualifier « anachroniquement » d’écologiste, représentée dans le livre par la famille Schlegel, et celles de la bourgeoisie capitaliste reste d’une étonnante actualité. Il a été adapté avec succès au cinéma en 1992 sous le titre Retour à Howards End par James Ivory, avec Vanessa Redgrave, Emma Thompson et Anthony Hopkins. 

 

L’AUTEUR

L’écrivain et critique Charles Mauron (1899-1966), par l’intermédiaire de Roger Fry, était devenu un ami d’E. M. Forster, dont il a traduit les principaux romans en français, et d’autres membres du groupe de Bloomsbury qu’il accueillait dans sa maison de Saint-Rémy de Provence. Il a lui-même publié deux livres à la Hogarth Press, la maison d’édition de Leonard et Virginia Woolf. 

Catherine Lanone, auteur de E. M. Forster : Odyssée d’une écriture, paru en 1998, enseigne la littérature anglaise à l’université de la Sorbonne nouvelle. Elle a déjà préfacé pour Le Bruit du temps le premier roman de Forster, Monteriano, et Routes des Indes. 

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