A paraître

Inventions, suivi de Notes sur des pivoines
Domaine : Français

Inventions, suivi de Notes sur des pivoines

Philippe Denis

Parution mars 2021

En librairie le 19 mars 2021

Dans ce petit livre, Philippe Denis a réuni les poèmes que lui ont inspiré sa fréquentation, depuis les années 70 des poètes japonais réunis dans les quatre volumes de la célèbre anthologie de Haiku publiée en 1949-52 aux États-Unis par R. H. Blyth. N’ayant pas accès à la langue d’origine, l’auteur avoue humblement que « traduire une traduction c’est à peu près emprunter la canne d’un aveugle pour saisir ce qu’il ne peut voir », d’où le titre, Inventions, qui dit à quel point ces textes — qui sont à l’origine des haiku de Matsuo Nachô, de Yosa Buson, de Kobaiashi Issa, et, pour les Notes sur des pivoines de Masoka Shiki —, ont été réinventés par Philippe Denis avec tout l’art qui est né de sa pratique personnelle de la poésie.

Les poètes japonais du Haïku sont des maîtres dans l’art de « la saisie de l’instant dans son intégralité et dans son imperceptibilité, sans aucune fioriture ». C’est donc bien parce que, comme l’écrit Florian Rodari, Philippe Denis n’a lui-même jamais cessé de recueillir au vol et sans impatience les innombrables aspects du réel pour les distiller ensuite dans le confinement de la chambre « comme une eau qui soit enfin de vie », qu’il a pu ainsi acquérir la précision du regard et la concision verbale qui lui permettent de nous offrir aujourd’hui, par delà l’ignorance de la langue de départ, ces poèmes de ses auteurs de chevet, comme autant de « pures merveilles » :

Allume la bougie,
je te montrerai pure merveille, une poignée de neige !

Bonjour, Monsieur Courbet

Bonjour, Monsieur Courbet

Philippe Jaccottet

Parution mars 2021

En librairie le 19 mars 2021

Philippe Jaccottet a réuni dans ce recueil les textes que le hasard des rencontres, voire des commandes, de 1956 à 2008, lui a fait écrire sur quelques chefs-d’œuvre anciens (le porche roman de la Basilique San Zeno, à Vérone, Le Baptême du Christ de Piero della Francesca ou les vies silencieuses de Morandi) et sur les œuvres plastiques (peintures, sculptures, photographies, marionnettes) d’une vingtaine de ses contemporains, d’Alberto Giacometti au jeune Paul Vergier, qu’il eut le privilège de fréquenter. Il les aura rencontrés pour beaucoup à Lausanne au sortir de la guerre, notamment dans l’atelier bohème de Lélo Fiaux et dans l’entourage de l’éditeur Henry-Louis Mermod qui tous deux polarisaient alors la vie artistique romande ; d’autres (Garache, Assar...) lui auront rendu visite dans la Drôme, où sous l’instigation de son ami Gérard de Palézieux s’est formée autour des paysages de Grignan une certaine famille d’artistes plutôt à l’ancienne (de Chinet à Italo de Grandi), dont Jaccottet fut un observateur d’autant plus attentif que son épouse est elle-même peintre, se reconnaissant dans leur façon de vivre en retrait des centres mondains et dans leur manière d’être, à la fois modeste, sans chichi, et presque paysanne. Ce n’est pas pour rien que ce livre emprunte son titre à un célèbre tableau de Gustave Courbet, qui, contre les canons symbolistes de son temps, représente très simplement la rencontre en plein air, dans le Midi, du peintre avec un admirateur de ses toiles. De même, le poète n’avance pas là en intellectuel ni en critique d’art, se laissant toute liberté de raconter ses souvenirs en marge de son propos d’amateur de peinture. Aussi justes que soient donc les observations faites face aux œuvres, elles n’en dessinent pas moins un scrupuleux autoportrait du poète ; qui défend, une fois de plus, un art hanté par un rêve d’harmonie et de paradis perdu ; et la conviction inquiète qu’il nous faut parfois renoncer à ce qui se présente trop ostensiblement comme moderne pour préserver une vérité peut-être plus authentique, venue du fond des âges ; qu’en un mot le recours aux artifices inventés contre la tradition par les avant-gardes successives ne doit pas s’opérer au détriment de quelque vibration plus secrète.

Le mot « destin » que Gérard Macé fait figurer dans le titre énigmatique de son livre appartient tout autant à la mythologie qu’à la cartomancie, et par conséquent définit la double inquiétude d’un poète qui de longue date, entre fatalité et prédication, s’est enjoint d’ausculter par bribes l’enchaînement des scènes de l’enfance en même temps que leur inexorable déformation dans la boule, plus ou moins magique, du rêve. Ce faisant, il nous fait mieux comprendre aussi que l’écriture de soi ne peut être pour le poète qu’une projection fantasmée de la mémoire du monde, de ses rites et de ses fables.

Au seuil du livre, Macé s’impose de parler « comme on répond au sphinx » et publie quarante « mots de passe ». En les disposant chacun en quatrain de façon à associer en miroir des images présentant entre elles le plus grand écart, le poète semble avoir cherché, dans le sillage du surréalisme, à résoudre poétiquement les contradictions du réel. Et cela l’a conduit à établir comme poreuse la frontière entre les deux pans cardinaux de la vie humaine, l’éveil et le songe. Il s’est agi ensuite pour lui d’essayer de formuler « ici » la clé de l’énigme, qui tout en neutralisant la sentinelle du Temps lui permettrait de rouvrir un accès harmonieux vers le royaume des morts : « Une porte à tambour / pour entrer dans les rêves /L’esprit toujours léger /mais l’inquiétude au cœur. »

L’un des charmes de ce recueil tient à la reprise de certains vers d’un poème à l’autre : des bribes de souvenirs, modulées discrètement comme autant de mirages, circulent des premières pages du livre vers les poèmes plus longs des deux dernières parties : « Images de la caverne » et « Sous les nuages de Magellan ». Signe de l’intense et mystérieuse combinatoire entre les éléments du réel, cette dernière section est la transcription d’un rêve quasi-nervalien que fit l’auteur « au cours d’une nuit d’octobre », et dans lequel il a justement rêvé avoir mis en vers un de ses propres livres paru chez Gallimard en 1995, L’autre hémisphère du temps. Mais à la différence des grands Voyants de la fin du dix-neuvième siècle, la poésie ne tombe pas dans la prose, c’est au contraire une certaine prose qui revient chanter là, apurée, dans le poème.

Voyage en Arménie
Domaine : Russe

Voyage en Arménie

Ossip Mandelstam

Parution avril 2021

Postface de Serena Vitale

En librairie le 16 avril 2021

Mandelstam qui avait été dans le Caucase au début des années 20, a rêvé de l’Arménie pendant des années avant de pouvoir enfin s’y rendre, grâce à l’appui de son ami Boukharine, en 1930. Les quelques mois de ce séjour (de mars à octobre) seront pour lui comme « une dernière journée de sursis » (Ralph Dutli) dans son existence de proscrit. Le journal de ce voyage, qui sera sa dernière œuvre publiée de son vivant, survient, dans son œuvre, comme une bouffée de l’air des hautes terres et des premiers temps de l’histoire humaine (« J’ai eu la chance d’assister au culte que les nuages rendent à l’Ararat ») emplissant les poumons du poète. Loin de l’oppression soviétique évoquée à la toute fin du volume avec l’hisoire du tsar arménien Archak qu’a emprisonné par l’Assyrien Shâpur, qui le prive « de son ouïe, de son goût et de son odorat ». Or ce sont précisément les notations sensorielles, la finesse de la perception, qui font le prix de ces pages où le narrateur-voyageur ne cesse de nous faire partager son émerveillement, tout en soulignant l’unité du monde où se lit partout la grande écriture chiffrée des signes. Paradoxalement cette unité est saisie de manière discontinue, par une succession d’éclats. Ces ruptures donnent à ce petit livre toute sa fraîcheur et sa fantaisie, qui sont ceux de la vie-même dont son œil s’empare « avec une rage de grand seigneur ». Lui-même le souligne dans une réponse à ses détracteurs : « Mon petit livre explique que le regard est l’instrument de la pensée, que la lumière est une force et l’ornement une réflexion. Il y est question d’amitié, de science, de passion intellectuelle et non de “choses”. » Et, dans son livre : « les dents de la vue s’effritent et se brisent, lorsqu’on regarde pour la première fois les églises d’Arménie. »

Récitatif en ruine

Récitatif en ruine

Parution mai 2021

En librairie le 14 mai 2021

Le titre l'annonce d'emblée, comme celle de Paul Celan, la poésie de Jean-Claude Schneider part du constat d'une harmonie à jamais perdue, et ne peut donc être que la recherche, infiniment reprise, de « quelques résidus chantables ». Poète lui-même, Jean-Baptiste de Seynes décrit parfaitement, dans sa préface, le caractère élégiaque de ce très beau recueil. Et comment à partir d'un non-savoir absolu,  dans un monde dont on ne sait s'il est en fin de partie ou resté à ses balbutiments primitifs, et d'une langue sans origine et sans destination,  le poème ne naît que par l'entêtement du poète, face à la perte de soi qui menace même ce qui lui est le plus proche, à « chercher des mots pour ce qu'il ne sait pas », à dire pour ne pas finir. Et néanmoins, tout se passe comme si la part faite à la destruction, au silence, au désastre, était la condition pour que puisse jaillir, sur cet âpre fond, l'énigme transparente du poème libellule, la touche de bleu d'un tableau de Poussin, quelques mots devenus musique et « qui parlent de la vie ».

 

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