Catalogue


L'Anneau et le Livre
la traduction       


Robert Browing manuscrit original
Robert Browning, première page du manuscrit original

Chef-d’œuvre dans le chef-d’œuvre : la traduction de Georges Connes, en prose, entreprise en 1942 et achevée sous l’Occupation.

«De quoi s’agissait-il pour moi ? écrit le traducteur, de mettre à la disposition du lecteur français un texte dont je dis une fois encore qu’on le goûte beaucoup mieux en le faisant passer par un gueuloir ; de lui communiquer ces énormes vagues successives de raisonnement, de rhétorique, d’émotivité, de passion, en lesquelles s’épanchent des esprits furieusement intéressés par ce dont il s’agit et ce qu’ils en disent ; tous, même Pompilia, et aussi Browning, ont le souffle d’athlètes inépuisables ; arrêter, donc, l’œil du lecteur à la fin de chaque ligne, comme il est inévitable si on lui présente des vers – il est déjà assez déplorable qu’on soit obligé de lire L’Anneau et le Livre avec les yeux – aurait été une formidable erreur ; c’était avec certitude tuer l’œuvre en français. »

Il n’en sort pas indemne :

«“Ô mon intime pendant ces quatre années, comment iront les choses, lorsque, bientôt, nous allons nous séparer ?” Ainsi parle Browning au Vieux Livre Jaune, lorsque, vers le premier quart du livre XII, il voit son œuvre près de s’achever ; il a évidemment redouté le vide de sa vie et de sa pensée quand il serait, non pas délivré mais privé, de cette tâche passionnante et chérie ; quoiqu’il ait fort bien su remplir l’une et occuper l’autre pendant les vingt ans qu’il a encore vécus. Mon propre corps à corps avec L’Anneau et le Livre n’a guère duré qu’un an et demi, entre la première phrase mise sur le papier et le point final au manuscrit provisoire ; mais moi aussi j’ai redouté, après avoir mis ce point final, un vide de l’esprit, un désœuvrement ; j’ai su que, pour autant que je vivrais encore, je ne retrouverais pas l’équivalent de ce que je perdais, pour avoir mené à bonne fin mon entreprise ; et cet achèvement fut une tristesse.  »

Georges Connes entreprend la traduction de The Ring and the Book de Robert Browning au beau milieu de la Seconde Guerre mondiale, en 1942. Il l’achève un an et demi plus tard, sous l’Occupation, et, passionné par son sujet, rédige une longue Étude documentaire destinée à l’accompagner. En 1959, Georges Connes revient sur la folle histoire de son manuscrit :

«Le manuscrit, Étude documentaire, texte et notes, était complet, et à peu près dans l’état où il est ici, à la fin de 1943 ; je n’y ai apporté que très peu de retouches de détail. De janvier 1944 à fin mai 1945, j’eus d’autres occupations et d’autres résidences, la prison de Dijon, divers endroits quelque part en France, l’Hôtel de Ville de Dijon à partir du 20 septembre ; je retirai alors mon manuscrit du coffre-fort de la Faculté des Lettres où on l’avait mis par prudence ; ma maison pouvait brûler, et c’était ce que j’avais de plus précieux. Dès les premiers mois de 1945, je trouvais pourtant le temps d’entamer une lutte accablante avec les éditeurs ; tous reculaient épouvantés ; chez bien des “autorités” dont j’invoquais l’appui, je trouvais une ignorance magnifique qui ne me surprenait pas toujours. Heureusement il en était de mieux informées, et des amis plus sûrs ; le 19 mai 1945 je remettais avec plaisir la mairie de Dijon à mon adjoint et ami le chanoine Kir ; dix-huit jours plus tard, le 6 juin, j’étais reçu chez M. Gallimard par M. Raymond Queneau, accompagné de mes amis René Lalou et Léon Lemonnier venus pour m’épauler ; eux savaient de quoi il s’agissait ; mon livre était accepté. Hélas ! deux ans plus tard, en octobre 1947, fatigué d’attendre mon tour comme il était normal, je le portais à Bruxelles, où une firme belge le recevait avec enthousiasme ; sans cette erreur, L’Anneau et le Livre aurait sans doute été publié depuis dix ans. […] la firme belge fit faillite ; mon manuscrit disparut dans le naufrage ; j’étais si dégoûté que je m’en désintéressai pendant des années ; il fut finalement retrouvé pour moi par mon ami Léon Herrmann, le latiniste de Bruxelles. Le voici rentré, après quatorze ans, chez M. Gallimard.  »

Le livre n’avait jamais été réédité depuis.

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Édition bilingue

Traduction de l’anglais
et étude documentaire
par Georges Connes
Préface de Marc Porée

Relié sous jaquette
Format : 135 x 205
1424 pages • 39 euros
ISBN : 978-2-35873-001-3

Mise en vente : 17 mars 2009