
Le Figaro, hors-série, octobre 2009
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Chardin et Rembrandt par Marcel Poust
On connaît les pages de La Recherche sur le maître de Delft. On sait moins qu'à 24 ans le jeune Proust rédigeait un article qui resterait inachevé, comparant le génie de Chardin (qui rend une poire aussi vivante qu'une femme) à celui de Rembrandt (qui dépasse les choses pour éclairer les âmes). Les éditions Le Bruit du temps ont eu la belle idée de publier cette ébauche en un très joli petit livre présenté par Alain Madeleine-Perdrillat.
Vincent Tremolet de Villers
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Lexnews, juillet 2009
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Voici un bien joli petit livre consacré à un texte de Marcel Proust agréablement illustré par les peintures de Chardin et de Rembrandt, à moins que cela ne soit l’inverse ! Le propos du célèbre écrivain, amoureux des arts, est en effet de s’adresser à un jeune homme de fortune modeste qui peut tout aussi bien être Proust lui-même, plus jeune, ou nous-mêmes ses lecteurs… Son propos est d’interroger notre rapport à l’art, non point à l’image d’un critique d’art, mais plutôt comme le ferait un poète ou un esthète émerveillé par la beauté, élevée ou moins noble. Car Marcel Proust, dans ce texte de jeunesse inachevé (il n’a que vingt-quatre ans à la date présumée de ce texte), ne veut surtout pas faire œuvre didactique. Il interpelle notre jeune homme en lui soumettant l’idée suivante : ce qu’il peut détester ou juger vulgaire de son quotidien a composé la sève des émotions créatrices les plus fertiles d’un peintre comme Chardin ou Rembrandt. Il prend pour le convaincre des toiles simples de Jean Baptiste Siméon Chardin, le peintre du siècle qui le précédait. « Le Buffet » ou « La Raie » sont là pour nous indiquer un chemin ou une direction soulignés par le pinceau du peintre. Notre quotidien est là, empli de beauté et nous ne le savons pas ! Tel Sénèque qui nous rappelle à l’ordre sur la vie que nous gaspillons chaque jour, Proust est émerveillé par un verre à demi renversé et fêlé sur une toile de Chardin. Le peintre suggère là encore que cet objet a servi, a offert du plaisir à son propriétaire et, même s’il ne sert plus, il continuera à perpétuer ce souvenir à nos yeux. Le caractère bucolique du quotidien peut même résider dans des tableaux les moins attendus telle cette Raie géante et inquiétante accrochée à un mur de la cuisine et dont le sourire fantomatique ne parvient pas à dissuader le jeune chat de s’approcher des huîtres sur la table attenante. La postface d’Alain Madeleine-Pedrillat vient à point nommé compléter la lecture de ce texte qui se termine par cette phrase en suspens : « … un homme n’a pas besoin de connaître le mécanisme de la colère pour… ». Pour lui, les grands chefs-d’œuvre et les grands discours ne suffisent pas à remplacer « l’incessant travail de recréation que la beauté requiert » et qui sera particulièrement mis en lumière par le génie de Proust quelques années plus tard lors de la rédaction de la Recherche. Mais ne faut-il pas voir dans ces scènes du quotidien soulignées par l’écrivain autant de réminiscences suggérées par le génie du peintre et qui, à chaque regard porté sur elles, inviteraient à un flot de souvenirs canalisés par l’artiste ?
http://lexnews.free.fr/leslivres.htm
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Le Figaro littéraire, 21 mai 2009
Proust au musée
PROUST avait écrit sur la peinture longtemps avant d’évoquer Botticelli, Vermeer de Delft, Giotto, Renoir dans La Recherche. C’était en 1895 ; il avait vingt-quatre ans, et s’apprêtait à composer Jean Santeuil. Il rédigea deux petites études sur Rembrandt et surtout Chardin. Ces textes inachevés, écrits dans la fièvre, retrouvés après sa mort et restés longtemps inédits, plus tard inclus dans son Contre Sainte-Beuve, annoncent le grand œuvre que l’on sait. Et Proust couvait sous Marcel…
À propos de Chardin, de ses natures mortes qu’il voit « vivantes », de son autoportrait dit à l’abat-jour, du Bénédicité, Proust note : « Dans les chambres où vous ne voyez rien que l’image de la banalité des autres et le reflet de votre ennui, Chardin entre comme la lumière, donnant à chaque chose sa couleur, évoquant de la nuit éternelle où ils étaient ensevelis tous les êtres de la nature morte ou animée avec la signification de sa forme si brillante pour le regard, si obscure pour l’esprit. » Cette même lumière qui le fascinera chez Rembrandt, celle qui donne ou diffuse le « reflet prêté de la beauté, le regard divin ».
Toutes les œuvres citées par l’auteur sont reproduites en couleurs : La Raie, Le Buffet, Le Bon Samaritain (alors attribué à Rembrandt), Philosophe en méditation…
Thierry Clermont
« Un article abandonné de Marcel Proust sur Chardin et Rembrandt »,
postface d’Alain Madeleine-Perdrillat
8 reproductions en couleur
Format : 117 x 170
60 pages • 11 euros
ISBN : 978-2-35873-005-1
Mise en vente : 22 mai 2009
